BETZ 1918 d’après le carnet de guerre de Madame Vincent (et celui de Gaston Pénot)

Au lendemain des succès enregistrés dans l’Oise et dans l’Aisne, le haut commandement allemand décide d’élaborer le dernier plan d’attaque qui permettra de remporter la victoire sur les Alliés. Pour parvenir à déstabiliser le front, les maréchaux Ludendorff et Hindenburg décident de frapper dans la Marne, où le dispositif défensif allié demeure précaire depuis le 28 mai 1918, date de leur offensive éclair dans l’Aisne. Les troupes allemandes sont, en effet, parvenues à repousser les Alliés au sud de la Marne, capturant les villes de Soissons, de la Fère-en-Tardenois et de Château-Thierry. Portant le nom de code de Friedensturm, cette « offensive pour la paix » doit permettre le franchissement de la Marne par la 7. Armée, puis sa ruée sur Paris. Pour l’aider, la 1. Armée et la 3. Armée doivent prendre Epernay et Châlons-sur-Marne pour couper l’accès aux éventuels renforts venant de la Meuse. Confortés par leurs précédents succès militaires et par leur opinion désireuse de voir s’achever le conflit, les Allemands s’élancent à l’assaut des lignes alliées le 15 juillet 1918. Dans la nuit du 14 au 15 juillet, un déluge de feu s’abat sur les premières lignes.

BETZ 1918

Au premier juin 1918 le front se trouve à 15 kms de Betz au plus près, à savoir à la Ferté-Milon. L’avance allemande a atteint le village de Troësnes.  Betz est alors évacué dès le 31 Mai. Depuis, une dizaine de jours déjà, les lignes avant-coureurs de la bataille ne manquaient pas, et les habitants de Betz pouvait voir l’artillerie lourde déployée le long de la route de Crépy et des soldats cantonner dans la commune. Des convois chargés d’obus vont ravitailler des pièces lourdes en batterie dans la plaine de Cuvergnon D’ailleurs, la maison de la famille Pénot, située dans l’actuelle rue Beauxis-Lagrave, était occupée par un officier. Au bout d’une dizaine de jours, le front s’étant stabilisé, les habitants peuvent revenir dans leur commune. Malheureusement, le village durant ce laps de temps, le village a été pillé, par la troupe de passage, comme en atteste Edouard Coeurdevey[i] du 167ème R.I. 10ème Cie de passage à Betz le 8 Juin. C’est également le cas à Boursonne.

BETZ 1918

C’est le 14 Juin que s’installe dans la propriété de Madame Vincent, l’Ambulance 5/11. Située au sous-sol de la « grande maison », elle comporte une dizaine de lits dans la salle de jeu des enfants de la famille, une salle d’opérations dans la salle voisine habituellement utilisée comme rangement des jeux, tandis que la buanderie est affectée à la toilette des blessés. Un calorifère assure le chauffage durant toute la période de fonctionnement de l’ambulance, soit tout l’été. Dans un second temps, les salles du rez-de-chaussée laissées vacantes et portes fermées en l’absence des propriétaires partis sur Paris ( ?) sont utilisées à la demande du médecin-chef qui souhaite agrandir l’ambulance pour faire face à l’afflux grandissant des blessés. Ainsi 14 lits sont ajoutés dans la salle à manger, 16 dans la salle de billard, tandis que l’office sert à isoler les mourants. A la fin du mois, des baraques Adrian complètent les infrastructures médicales. Elles accueillent les blessés légers et sont installées dans le parc entre la maison et le tennis. Dans ces jours autour du 15 juin, la ligne de chemin de fer et l’ambulance elle-même sont visées par les bombardements allemands. Chaque soir, entre 21h et 22h, Betz est survolé par des avions et ce, durant tout le mois de juin. Le village vit au rythme des bombes, des préparations d’artillerie dans un vacarme infernal. L’ambulance reçoit la visite du Service de Santé et du Général Nollet.

BETZ 1918

Début Juillet, et en particulier à partir du 8, l’ambulance connaît une arrivée massive de blessés. Les médecins n’ont pas attendu et ont anticipé en transférant les blessés guéris ou en bonne voie de guérison sur Senlis. Parmi les médecins qui ont fort à faire, le Docteur TOBIE et le docteur LAURENTIE accoucheur dans le civil ainsi que le docteur DUMORA (aliéniste réputé dans le civil, directeur de la maison médicale « le Bijou » à Talence) sont à pieds d’œuvre. Malgré tout, ils ont leur « popotte » dans la maison de Mme MAREUX la femme du maire située en face la propriété. La cour de la propriété est vite remplie de brancards, on examine les blessés à leur arrivée sous la remise à autos. Un buffet est installé dans l’atelier de CHERIOT, le garde particulier de la propriété. Parmi les blessés, il y a des Allemands. Ceux qui ne sont pas transportables sont portés dans la maison, déshabillés, nettoyés, puis vont en salle d’opération où trois équipes de chirurgiens opèrent sans discontinuer chacun durant 8 heures. Beaucoup de blessés sont entre la vie et la mort et les plus touchés dont le pronostic vital est engagé, sont mis dans la salle dite des chasseurs transformée en salle de réchauffement. Une cuisine roulante est mise en place dans une baraque, une salle de pansements dans le vestiaire. On s’adapte aux circonstances. L’ambulance est dotée, signe des temps, d’une salle de radiographie sise dans le fruitier de Madame Vincent. Certains soldats mourants reçoivent les honneurs militaires tel le lieutenant Maillot qui, ayant fait une hémorragie et soigné dans la petite chambre du RDC reçoit la Légion d’Honneur.

                                                            Le général Charles Nollet (1868-1941)

de l’artillerie à la Grande Chancellerie de la Légion d’honneur

Né en 1868 à Marseille, Charles Nollet est polytechnicien et artilleur.
A sa sortie de l’Ecole d’application de l’artillerie et du génie, il sert successivement au 13è RA de Vincennes, au 4è bataillon d’artillerie de forteresse à Verdun puis est nommé rapporteur de la commission centrale de réception des poudres de guerre.
De 1896 à 1898, il suit les cours de l’Ecole de guerre. Après un séjour au 9è RA de Castres, il devient professeur adjoint au cours d’histoire militaire et de tactique générale et stratégie à l’ESG.
Il sert ensuite au 22è RA à Versailles et à la direction de l’artillerie du ministère de la Guerre où il concourt à l’établissement de la loi de 1909 réorganisant l’arme.
Après un séjour au 11è RA à Versailles, le colonel Nollet, promu en 1911, commande le 60è RA à Troyes et assume parallèlement la direction du cours de tir d’artillerie de campagne et la présidence de la commission d’études de tir.
Il effectue ainsi les premiers réglages de tir par avion et étudie les conditions d’emploi de la fusée à double effet pour obus explosifs.
Nommé général de brigade le 18 décembre 1914, il commande la 48è brigade d’infanterie, puis la 129è DI par intérim et la 66è DI dès décembre 1915.
Promu divisionnaire à titre temporaire le 12 mai 1916, il est placé à la tête du 12è corps d’armée dans le secteur de Verdun puis reçoit le commandement du 36è CA en mars 1917.
Le 21 mars 1919, il prend le commandement du Ier CA qui devient Ier CA- 1ère RM. Le ler juillet, Foch lui fait confier par le gouvernement le poste de président de la commission militaire interalliée de contrôle pour l’application des clauses du traité de Versailles à Berlin.
Devenu homme politique, il entre au gouvernement Herriot comme ministre de la Défense, fonction qu’il occupe du l4 juin 1924 au25 avril 1925.
Grand Chancelier de la Légion d’honneur en janvier 1934, il décède en 1941.

Source : http://basart.artillerie.asso.fr/article.php3?id_article=1175

Depuis le 14, il y a d’incessants passages de camions de munitions ont lieu dans Betz. Le 17, de pièces d’artillerie sont placées dans le petit bois sur la route de Bargny à 200mètres de la propriété. Celles-ci tirent toute la nuit. Il faut dire qu’à quelques kilomètres plus à l’est se déroule l’offensive Mangin sur la ligne Corcy-Troënes-Longpont.

BETZ 1918

Dans la deuxième quinzaine de juillet, l’incessant afflux de blessés continue. Le 1er août, ce sont 980 blessés qui passent au triage. Il en est de même fin août, notamment le 20 où l’on assiste à une arrivée importante de soldats. Ceux-ci ont préalablement été triés à Villers-Cotterêts, le front ayant reculé à cette date. Ce sont désormais des soldats moins atteints et transportables qui sont reçus à Betz.

Vue l’afflux de blessés, Mme Vincent, qui met la main à la patte et ne compte ni son temps ni son énergie pour épauler l’équipe médicale, prend l’initiative de convoquer les jeunes filles du village pour aider à la pose de pansements, bandes etc… Le 10 septembre, un autoclave est installé dans la petite pièce du sous-sol.

Ce n’est qu’en octobre que l’ambulance 8/1 quitte Betz. Ne restent alors que 2 blessés mourants aux soins du docteur DEBRAY et de 3 infirmiers et une infirmière ; Mme BOURDON.

Pendant les 4 mois que le poste chirurgical fut à Betz, ce ne fut pas moins de 4000 blessés qui furent admis. 400 environ y sont décédés.

D’abord inhumés dans le champ situé juste au-dessus du cimetière civil route d’Antilly, ils furent dans les années 1920 exhumés pour être soit restitués à leur famille et réinhumés dans le caveau familial, soit transportés dans la nécropole militaire de Verberie créée alors et où reposent près de 200 d’entre eux.


[i] COEURDEVEY Edouard, Carnets de guerre 1914-1918, Terre Humaine, Pocket, Plon,2008